Sérénité vivante

J’ai eu quelquefois l’occasion de rencontrer Sœur Myriam, ancienne prieure des Diaconesses de Reuilly, et le charme paisible et profond de cette Sœur, la sérénité qui se dégageait de son visage et de toute sa personne m’ont chaque fois subjuguée, fait du bien, et en même temps intriguée. D’où lui venait cette paix qui était à elle seule un témoignage ?

 

C’est en lisant récemment un petit livre d’entretiens entre Sœur Myriam et Jean-Marie Gobert « Vivre tout simplement » que j’ai découvert quelques éléments de réponse :
« Deviens vivante et reste vivante, l’Esprit de Dieu t’invente à tout instant, repousse à tout instant la tentation de t’immobiliser dans les choses comprises » recommande (entre autres !) la Règle des Diaconesses de Reuilly, à la rédaction de laquelle a participé Sœur Myriam.

Et Sœur Myriam de commenter : « L’Esprit de Dieu nous invente à tout instant. Dans une vie, qu’elle soit religieuse ou non, les plus belles des choses peuvent s’affadir et s’immobiliser : banalisation des jours, vieillissement de l’amour, manque d’étonnement qui signe une habitude. Or Dieu est la Vie même, celui qui met à mort toute mort. Aller vers ce Dieu toujours plus grand, c’est cela devenir vivant(e).

 

Mais, parfois, nous aimerions sentir que Dieu est cet abri sûr, ce rocher dont parlent les Psaumes, et c’est surtout une absence, qu’à tort ou à raison nous éprouvons. C’est qu’il est difficile de découvrir les chemins que Dieu propose dans nos vies. La volonté de Dieu pour nous, il nous faut la découvrir constamment. Ce n’est pas une masse indifférenciée, mais une orientation, une direction qu’il nous donne. Les visages pris par ces orientations sont comme des surprises qui viennent vers nous. Dieu nous attend parfois là où, nous, nous ne l’attendions pas. Certes, nous vivons quelques instants de fulgurance claire, dans lesquels il n’y a plus qu’à entrer dans ce qui apparaît, et qui nous pousse à dire : « J’ai compris ! Je vais… ? » Mais ce n’est pas si évident, difficulté du travail de discernement…

Et en même temps, démonstration que Dieu nous laisse plusieurs chemins possibles. La liberté tient à ce que Dieu nous laisse plusieurs sentiers possibles. Et lorsqu’on est au point de lumière, que l’on a pris le bon chemin au « carrefour des possibles », il se fait en nous un allègement, une paix, une quiétude. L’Esprit nous environne de sa clarté. Quelque chose en nous est dans le calme de ce qu’il pressent juste. Dieu est vraiment là, qui nous aide à voir clair. Sérénité vivante…

 

Nicole Soubeyran

 

(Inspiré du livre de Sœur Myriam, « Vivre tout simplement : entretiens avec Jean-Marie Gobert », paru en 2005 aux Editions Olivétan)